D.I.Y. Swag?


Auteur:


26 février 2012
19 h 00 min

Aujourd’hui, nous avons la chance de nous entretenir avec Maxime Robin, beatmaker, qui sortira son nouvel album solo D.I.Y. swag le 20 février 2012, sur l’étiquette canadienne Neferiu records spécialisée dans le rap et la musique instrumentale.

Maxime Robin, pourquoi D.I.Y. Swag?

Grosso modo, c’est un lien entre deux mondes qui est assez éloigné, mais dont je fais partie. « D.I.Y. » parce que je fais beaucoup par moi-même. Comparée à d’autres musiques dites indépendantes, je suis vraiment indépendant. Je fais les choses qui doivent être faites, je crois. Swag est une expression du monde rap. C’est le style d’habillement à la base, mais par extension, le style général, la manière d’être. Donc mon swag est D.I.Y.

L’aspect indépendant revient souvent dans tes projets, qu’est-ce qui te séduit dans le DIY?

Très honnêtement, c’est souvent une manière que les choses soient faites. Simplement, on n’est jamais mieux servi que par soi même! Ça ne veut absolument pas dire que je ne demande pas d’aide ou que je suis bon en tout. Je me considère chanceux d’avoir beaucoup de gens de talent pour m’aider. Ceci dit, avoir le contrôle sur TOUT ce qu’on fait est alléchant.

Deux de tes albums solo ont été nominés à l’ADISQ, ce qui est un honneur mérité de souligner ton travail… Par contre, n’est ce pas surprenant pour un artiste aussi indépendant et créatif dans sa façon de distribuer sa musique que toi? Ont-il changés certains critères?

Oui et non. J’explique en profondeur ce point, car contrairement à d’autres artistes j’ai que très peu de chance d’être resélectionné une autre fois et, disons les choses comme elles sont, je ne dépends pas beaucoup de l’industrie de la musique. Pour commencer, il faut dire que l’ADISQ n’est pas le gala de la musique, mais le gala de l’industrie de la musique du Québec. Il y a une petite nuance ici. Pour qu’un album soit en nomination à l’ADISQ, il faut que le producteur devienne membre de l’ADISQ cette année-là (1300 $ évidemment ça dépend de bien des facteurs, mais c’est autour de ça), soumette au moins un disque en 12 copies physiques et paye cette soumission (300 $ par album). Donc pour un artiste indépendant la facture est salée. On rappelle que pour un artiste autoproduit, 12 exemplaires d’un disque qu’il vend seulement 10 $, c’est 120 $ de plus qui sort de ses poches. Heureusement, lors de mes nominations, je n’ai pas eu à payer tout ça. Pour Towntempo, il était distribué par Local et j’ai pu bénéficier d’une entente entre SOPREF/Local ce qui faisait que je n’avais pas à être membre de l’ADISQ (comme j’étais membre de la Sopref) et que je devais seulement payer la soumission un peux plus basse de 150 $ et leur envoyer 12 copies. Pour Mondrian Owns Geometry, j’ai bénéficié d’un nouveau programme de l’ADISQ pour les artistes autoproduits qui fait un peu ce que l’entente avec la SOPREF faisait. J’ai dû payer ma soumission de 210 $ et leur envoyer 12 copies physiques (absurde quand l’album n’existe qu’en numérique). En fait, ce nouveau programme de l’ADISQ est un pas dans la bonne direction, mais il faut continuer dans cette direction, car une grosse partie de la musique dite « indépendante » au Québec n’est pas éligible.

J’ai vu que le 6 mars prochain nous allions pouvoir te voir en spectacle avec MC Phylis dans le cadre des Francouvertes au Lion d’or. On assiste ici aussi a des changements de critères parce que jusqu’à tout récemment il fallait des instruments de musiques disons plus usuels sur le stage pour être éligible non? (J’en profite pour vous souhaiter la visibilité de ce concours qui a aussi aidé par le passé d’autres groupes locaux comme Loco Locass, les Cowboys Fringuants, les Breastfeeders et Damien Robitaille.)

Je ne mentirais pas ici. Cela fait longtemps que je fais de la musique et j’aurais probablement participé à ce concours bien avant s’ils avaient considéré quelqu’un qui joue des machines comme moi un vrai musicien. À ma connaissance, ils le considèrent depuis deux ans et comme l’année dernière je n’avais pas de projet viable en spectacle à présenter, c’est cette année que ça se passe! Et puis, ce n’est pas mal comme ça, je crois que c’est bien meilleurs maintenant ce que je donne live avec Phylis que ce que j’aurais donné il y a 5 ou 6 ans comme j’ai plus d’expérience avec mes pitons!

Tu vois d’autres changements localement ou globalement sur la réceptivité face à ta direction musicale?

C’est beaucoup plus facile maintenant. Partiellement, car j’ai plus d’expérience. Partiellement, car je sais m’entourer plus. Partiellement à cause de mon nouveau milieu de vie (Montréal) comme je baigne dans une scène de hip-hop instrumental qui n’existait même pas il y a quelques années. Ce n’est pas pour dire que c’est tellement facile qu’il n’y a pas de travail à faire!

Le processus créatif semble important pour toi, t’es-tu donné des règles précises pour construire ton dernier album?

Celui-ci, pas vraiment. C’est bizarre, mais c’est un peu me sortir de ma zone de confort créativement de ne pas avoir de règles! Ma zone de confort de sortir de ma zone de confort tout le temps donc ne pas en sortir ce n’est pas habituel pour moi. C’est un bizarre de contradiction, mais c’est aussi ça cet album. Par rapport au précédent, je crois qu’avec l’âge j’ai commencé à accepter certaines des contradictions inhérentes à ce que je fais.

Parlant de processus créatif, ton blog 30bpm.com, les petits vites vont dire que c’est pour 30 beats per minute. Je me demandais si pour toi ce n’était pas aussi un clin d’oeil a ton projet 30bpm où tu as fais 30 beats par mois?

Je sais que dire ça va en mélanger plus d’un… mais je suis un artiste qui a toujours fait tout. Pour moi, tout ça, c’est un peu la même chose. Donc 30bpm veut vraiment dire 30 beats par mois comme le projet qui a donné naissance à Mondrian Owns Geometry. Mais c’est aussi 30 billets par mois sur mon blogue. Ça veut aussi dire 30 beats par minute. Un rythme très lent mais assez rapide dans un autre sens. C’est contradictoire en soi ce qui rend tout ça intéressant.

Des différences entre tes projets solo et collaborations avec les autres dans la manière de travailler?

Ça dépend de quelle collaboration. Avec Pascal (Millimetrik) pour Pax Kingz, on travaille maintenant vraiment ensemble, un à côté de l’autre, devant le même ordinateur personnel. C’est pour ça que le résultat ne sonne pas comme ce qu’il fait ou ce que je fais. Avec MC Phylis, c’est différent. Phylis est beaucoup plus « musicien » qu’un rapper habituellement. Donc la relation MC/beatmaker est différente que lorsque j’ai travaillé avec d’autres rappeurs. Je ne fais pas que lui envoyer des beats que j’ai faits tous seul de mon bord. En fait, je lui envoie même des esquisses de beats. Comme on se voit souvent (contrairement à ce que notre nom laisse croire, on pratique souvent ensemble) et son apport fait grandir les choses autrement. Comme il est musicien de formation (ce que plusieurs ne savent pas comme il dit parfois des niaiseries dans ses raps), son apport est très différent de ce que j’amène étant d’un arrière-plan hiphop.

Toi qui a travaillé autant dans la musique que pour l’organisation des soirées Kino, est-ce que tu considère que tu assemble tes collages vidéos de la même façon que tu monte des beats a partir de vinyles?

Oui, pour moi c’est la même chose exactement. Je me suis rendu à l’évidence par contre que ce n’est pas aussi clair pour les autres! Donc j’ai choisi de faire de la musique. Je ne renie absolument pas le vidéo. D’ailleurs, parfois ça me prend de faire des beats vidéos encore! Et puis en spectacle solo, j’ai des projections pour toutes les pièces que je « joue » vraiment…

Au fait, pourquoi privilégie-tu les vinyles des caisses a 1$?

J’ai toujours pensé qu’un bon beatmaker est capable de faire des trucs intéressants avec à peu près n’importe quelle source sonore. Donc simplement, la source musicale la plus facilement accessible est les vieux disques vinyles. Bon maintenant c’est aussi facile (et peut-être mon cher) de télécharger une tonne de musique, mais la musique enregistrée quand la technologie d’enregistrement était moins parfaite a un petit quelque chose de plus. Ceci dit, j’échantillonne vraiment plein de sources aussi c’est juste un peu moins glamour de dire qu’on échantillonne des MP3…

Avec l’échantillonnage sur ta chanson Fair Use, il est question d’offrir la musique gratuitement. Toi qui a une historique a donner ta musique ou demander simplement une contribution volontaire, comment vois-tu la chose?

Grosse question. On a une limite de longueur pour le billet? Haha! Non, sans farce ce n’est pas si drôle. À cause du téléchargement illégal ou les albums de marde que les majors on produit (oui, je dis vraiment utilisé le mot en « mà »), le fait est que la musique aux yeux des gens ne vaut plus rien. Ce n’est pas un fait nouveau sur la terre (certains pensent qu’il n’y avait pas de musique avant l’industrie toute jeune de la vente de la musique). Donc à partir de là, on devrait comme artiste essayer de vendre de la musique à des gens qui ne pense pas avoir à payer pour? Comment faire? Travailler son image? Faire des campagnes de marketing spéciales? N’importe quoi qui n’a aucun rapport avec faire de la musique. Je fais de la musique, je ne m’intéresse pas à la mode. L’industrie de la musique veut faire croire à tout le monde qu’avoir ce discours c’est considéré que les artistes ne doivent pas gagné de l’argent de leur travail. C’est vraiment deux choses différentes. Vendre des disques n’est pas la seule source de revenus pour les artistes. Moi personnellement si plein de gens peuvent écouté ma musique (car il ne la paye pas) et que je suis capable de payer mon loyer, je suis content. Peut-être que quelqu’un pour qui dépend de la vente de la musique pour avoir un emploi le sera moins par contre. Ce n’est pas anodin que dans cette pièce la voix soit échantillonnée de l’album du premier Woodstock (Wa! il a fait ça pour vrai, il dit ses sources!). C’est au moment du spectacle où ils ont ouvert les barrières et fait entrer les gens gratuitement. Ça ne voulait pas dire que tout le monde pouvait faire n’importe quoi, ça veut juste dire que la musique est gratuite. La citation est un peu détournée, mais on s’entendra que même eux qui sont bien éloignés dans le temps de nous, voyaient un questionnement sur la gratuité de la musique.

En même temps, est-ce que cela te nuit lorsque tu veux produire des versions matérielles ou faire des demandes de bourses avec moins de revenus entrant de tes projets?

Je ne suis clairement pas pris au sérieux par certaines personnes. Ceci dit, je ne le serais de toutes façons pas en faisant les trucs D.I.Y. comme je le fais même si je faisais toujours des disques physiques. Pour moi, le choix est souvent entre faire ce que je veux avec pas de budget ou changer ce que je fais pour avoir un plus gros budget. Ce n’est pas une position idéologique; je pourrais très bien décider que pour un gros projet demain que le jeu en vaut la chandelle. Mais ça n’a pas été le cas jusqu’à maintenant.

J’aime beaucoup le end of side A qui rappelle les cassettes audio et les vinyles… Je me demandais si la chanson 673-clochettes19 était un hommage aux livres d’histoires accompagnés d’un 45 tours que l’on entendais une clochette pour indiquer que la page doit être tournée? (ça y est on va être taggé vieux juste à savoir que cela existait…)

Oui, mais pas directement. Je suis amateur de clochettes à cause de ces livres disques. Je me limite à ne pas utiliser trop de clochettes!

Parlant de technologies moins récentes, d’ou t’es venu l’idée de faire un album Lo-fi instrumental? (Notez a la maison qu’il vous est même possible de vous procurer ton album en version deluxe avec non seulement le CD mais aussi sur disquette! Faites vite car il s’agit d’une version extrêmement limitée!)

Je pense que je n’ai pas été assez clair pour la version LoFi; c’est vraiment une version différente au niveau sonore. Sinon pour répondre vraiment à la question, c’est encore faire un lien entre deux choses vraiment éloignées. Les disquettes numérotées me rappellent le temps où posséder un ordinateur personnel à la maison était particulier. Et que jouer à des jeux sur plusieurs disquettes numérotées l’était encore plus. Je pensais mettre l’album en MP3 sur une clé USB « custom » comme édition deluxe. Puis je me suis dit que ces disquettes de mon enfance peuvent contenir de l’information informatique aussi! Même si elles n’ont jamais abrité de MP3 pourquoi ne pas mettre une version de l’album compressé en mp3 de piètre qualité dessus? Je dois aussi dire que même maintenant certains échantillonneurs utilisent encore des disquettes. Ce n’est pas rare de trouver ces disquettes chez un beatmaker même maintenant. Tout ceci dit, je sais bien que plus personne n’a de lecteur de disquette 3.5 pouces donc quand on achète cette version, on reçoit par courriel l’album exactement comme il est sur ces disquettes! La grandeur du LoFi!

Un mot de la fin?

J’ai tendance à ne pas mentir. Je n’espère pas avoir froissé personne et si certains sont choqués par mes dires, j’en suis désolé. Sinon, achetez mes disquettes! C’est le vrai truc!

Spectacles à venir

26/02/2012 / Maxime Robin / Shash’U, KenLo & Cao, Jam, Dr MAD, Phil Sparkz, Musoni, El Cotola / Lancement de l’album DIY swag @ ArtBeat Montréal / @ Panda bar, Montréal

03/03/2012 / Maxime Robin / Battle of the nerds / @ Divan Orange, Montréal

Ce 1er Battle of the nerds en sol montréalais sera couvert par les Goblins Toxiques

06/03/2012 / MC Phylis et Maxime Robin / Francouvertes / @ Lion d’or, Montréal

26/03/2012 / Maxime Robin / Lancement de l’album DIY swag @ QC / @ Le Cercle, Québec

04/04/2012 / Maxime Robin / Liam (2Legit2Quit), Téhu (Dézuet d’Plingré) / @ Looba café, Drummondville

En savoir plus?

Maxime Robin
http://30bpm.com

D.I.Y. swag – February 20th, 2012 – Neferiu Records -
http://www.neferiu.com/
Pré-commande de l’édition spéciale – http://maximerobin.bandcamp.com

Mots-clefs :, , , , , , , , , , ,